to let someone know

Voici un faux ami très répandu en Acadie et ailleurs au Canada francophone. En anglais, on dit couramment :

Let me know when you are ready.

Et cela donne malheureusement souvent, chez les francophones du Canada, quelque chose comme :

*Laisse-moi savoir quand tu seras prêt.

Le faux ami ici n’est pas un mot en particulier, mais une certaine combinaison de mots, qui forme une expression toute faite.

Les verbes to let et to know ont effectivement pour équivalents (en gros) en français laisser et savoir, mais l’expression toute faite *laisser savoir n’existe tout simplement pas en français. L’idée d’informer quelqu’un de quelque chose peut être rendue de nombreuses façons différentes en français, mais dans ce cas-ci, les équivalents les plus courants seront des choses comme :

Dis-moi quand tu seras prêt.
Fais-moi signe quand tu seras prêt.

On constate que, une fois n’est pas coutume, le français s’avère être plus court que l’anglais. Et c’est parce qu’il envisage l’acte d’informer quelqu’un de quelque chose non pas sous l’angle de l’impact que cette information aura sur le locuteur, comme le fait l’anglais (qui considère que la transmission de l’information fera en sorte qu’elle fera partie du savoir du locuteur), mais sous l’angle de l’acte que l’interlocuteur lui-même devra accomplir pour transmettre cette information au locuteur : il devra lui dire la chose ou bien lui faire un signe l’informant de la chose.

C’est une façon différente de voir les choses et cette façon différente de voir les choses débouche sur une différence sur le plan idiomatique qui interdit la traduction littérale de l’anglais.

On notera aussi que, dans certains cas, l’anglais to let someone know est utilisé en référence à un interlocuteur plus flou, qui est moins clairement défini et qui n’est pas en relation directe avec le locuteur. Par exemple, on verra dans un journal ou une revue une invitation comme la suivante :

Let us know your opinion!

Ici encore, il est hors de question de traduire littéralement :

*Laissez-nous savoir votre opinion !

Mais les solutions correctes mentionnées ci-dessus ne sont pas non plus adaptées à la situation. Dans ce cas-ci, on aura plutôt recours à des expressions qui se rapprochent de l’angle utilisé en anglais, c’est-à-dire qui font référence à l’impact que la réponse de l’interlocuteur aura sur le locuteur :

Faites-nous savoir votre opinion !
Faites-nous part de votre opinion !

L’expression française faire savoir relève d’un langage un peu soutenu, mais c’est elle qui est la plus proche de l’anglais sur le plan littéral. La grande différence avec l’anglais to let someone know est que faire savoir ne sera jamais utilisé dans la langue courante lorsque l’interlocuteur est clairement défini et en contact direct avec le locuteur. Pour reprendre le premier exemple ci-dessus, on pourra certes dire :

Fais-moi savoir quand tu seras prêt.

mais seulement si cette information est appelée à être transmise de façon indirecte au locuteur, en passant par un tiers. (Par exemple, on peut faire savoir à son directeur qu’on est prêt en le disant à sa secrétaire, qui se chargera de lui transmettre le message, c’est-à-dire de faire en sorte qu’il le sache.)

Quant à faire part de quelque chose à quelqu’un, c’est là encore une expression qui relève d’un langage relativement soutenu et qu’on n’utilisera pas dans la langue courante au quotidien, mais plutôt dans des communications officielles, de nature plus formelle. Il est également à noter que le substantif faire-part en français désigne une lettre ou un billet qui annonce une nouvelle, mais est surtout utilisé pour les événements marquants comme les naissances et les décès.