variété (variety)

Il existe une règle assez universelle en français, que j’ai déjà évoquée dans un premier article sur le singulier et le pluriel et selon laquelle il y a un grand nombre de substantifs en français qui s’emploient aussi bien au pluriel qu’au singulier, mais dont le sens au singulier est plus abstrait alors que le sens au pluriel fait référence à des choses plus concrètes.

Cette règle s’applique en particulier au mot variété et fait que son emploi au singulier dans un sens concret en français est un anglicisme, utilisé sous l’influence de l’équivalent anglais variety (qui partage la même origine étymologique, bien entendu).

On trouve ainsi souvent, en anglais, des tournures comme la suivante :

A variety of publications that present the latest labour market information are available.

Les francophones influencés par l’anglais, en particulier au Canada, ont trop souvent tendance à rendre la tournure en produisant un calque en français :

Il existe *une variété de publications présentant les toutes dernières informations sur le marché du travail.

Malheureusement, ceci n’est pas un emploi acceptable du mot variété en français. En français, le mot variété au singulier a avant tout un sens abstrait et désigne spécifiquement la « qualité de ce qui est varié ».

Or, dans la tournure anglaise ci-dessus, variety n’a pas ce sens abstrait. Il désigne au contraire un ensemble concret d’éléments (de publications, en l’occurrence) qui se caractérise par… sa variété, c’est-à-dire par le fait que les publications sont variées.

Pour rendre cela en français, il faut utiliser d’autres termes qui ont ce sens concret. Il peut s’agir de termes employés soit au singulier soit au pluriel. On pourra, par exemple, dire :

Il existe une gamme de publications présentant les toutes dernières informations sur le marché du travail.

Ou encore :

Il existe tout un éventail de publications présentant les toutes dernières informations sur le marché du travail.

On pourra aussi utiliser le mot sorte au pluriel dans la tournure suivante :

Il existe toutes sortes de publications présentant les toutes dernières informations sur le marché du travail.

Il est à noter qu’il existe bien des contextes dans lesquels le mot variété a un sens concret même au singulier. Mais ce sont des contextes différents. On pense entre autres à la biologie et à l’emploi du terme pour désigner la subdivision d’une espèce animale ou végétale. On pourra, par exemple, faire un croisement entre deux variétés différentes de pommes pour produire une nouvelle variété, un hybride.

Par extension, on peut également utiliser le mot dans le contexte de classifications autres que celle des espèces animales et végétales. On parlera, par exemple, des différentes variétés de nuages, de pierres précieuses, etc.

Mais il faut bien noter que, dans cette acception, le mot variété au singulier désigne un seul élément et que ce sont les différences entre variétés qui font justement la… variété (au sens abstrait) des éléments. La variété au singulier ne désigne pas une gamme de choses différentes, au contraire ! Elle désigne justement une catégorie particulière dans la classification, qui varie par rapport aux autres mais qui ne présente pas de variété en elle-même (pas du point de vue de la classification, en tout cas).

Il existe encore d’autres sens du terme variété en français (par exemple pour désigner un certain type de musique populaire), mais ces deux principaux sens sont l’essentiel et ils montrent clairement qu’il est impossible d’utiliser la tournure une variété de… en français au sens qu’a en anglais la tournure a variety of…

Je note aussi que le Multidictionnaire de Marie-Éva de Villers, qui prétend « refléter plus fidèlement le bon usage actuel du français au Québec et dans l’ensemble de la francophonie », donne comme deuxième sens de variété « ensemble diversifié », avec comme exemple ils vendent une variété de produits et comme synonyme… diversité. Tout cela est selon moi hautement contestable. On pourra certes dire quelque chose comme il y a une grande variété de produits dans ce magasin, mais ici encore, c’est à la qualité abstraite qu’on fait référence, c’est-à-dire au fait que les produits offerts dans le magasin sont très variés, et non à la gamme des produits offerte (la gamme ayant elle-même la qualité d’être très variée). Mais on ne peut pas vendre une qualité ou une propriété. On vend des produits qui ont cette propriété, mais pas la propriété elle-même. On ne peut donc pas, à mon avis, dire « vendre une variété de produits » sans faire un anglicisme.

Bien entendu, il est possible que, à terme, cet usage du terme français variété calqué sur l’anglais variety s’impose. Mais on n’en est pas là. Pour le moment, variété reste un faux ami dont il faut se méfier !