compared to/with

En anglais, l’expression compared to/with est devenue une expression figée qui est employée comme une préposition. Elle n’exige plus un substantif antécédent auquel le participe passé compared serait explicitement lié. Prenons l’exemple suivant, tiré du site Web de Statistique Canada :

Full-time employment increased 1.6% annually for men compared with 2.8% for women. 

Dans cette phrase, compared n’a pas d’antécédent. Ce n’est certainement pas men, puisque ce qui est comparé, c’est le taux d’emploi et non les personnes (hommes et femmes). Et ce n’est pas le taux lui-même non plus, d’abord parce que la phrase n’utilise pas le substantif rate explicitement et ensuite parce que, si compared était considéré comme un participe passé s’appliquant à 1.6%, on aurait une proposition subordonnée incomplète, sans verbe.

En réalité, en anglais, compared to/with est une expression figée qui peut être analysée comme étant équivalente à quelque chose comme « which can be compared to/with » :

Full-time employment increased 1.6% annually for men, which can be compared to 2.8% for women. 

Dans cette structure, l’antécédent du pronom relatif which est non pas un nom, mais toute la proposition. C’est un emploi tout à fait légitime du pronom relatif, qui correspond en français à la tournure ce qui/que.

Le problème qui nous intéresse ici est que, malheureusement pour les paresseux, il n’existe pas en français d’expression figée comparé à équivalente à l’anglais compared to/with. Il est donc inadmissible, quand on veut rendre la phrase anglaise ci-dessus, d’utiliser une telle tournure en français. C’est pourtant ce que fait la page Web française équivalente sur le site Web de Statistique Canada :

L’emploi à temps plein a augmenté de 1,6 % en termes annuels chez les hommes, *comparé à 2,8 % chez les femmes.

Malheureusement, même avec une virgule, c’est inacceptable. Le participe passé comparé ne peut être utilisé qu’avec un antécédent clair en français. Il faut donc expliciter cet antécédent, comme on peut le faire en anglais avec le pronom relatif which. En français, cela donne :

L’emploi à temps plein a augmenté de 1,6 % en termes annuels chez les hommes, ce qui est à comparer à 2,8 % chez les femmes.

Voici un autre exemple fautif, tiré d’un autre site du gouvernement du Canada (Industrie Canada cette fois-ci). En anglais, le site dit :

Displays the cumulative year-to-date (YTD) data for the current year and compares the results to the equivalent period for the previous year (e.g. January-March 2009 compared to January-March 2008).

Et la page française correspondante dit :

Cette catégorie montre les données cumulées de l’année pour l’année courante et compare les résultats à ceux de la période équivalente de l’année antérieure (p. ex. janvier-mars 2009 *comparé à janvier-mars 2008).

Ici, la faute est encore plus évidente, parce que, s’il y avait un antécédent pour comparé, ce serait forcément une période, et le participe devrait donc être accordé au féminin !

Dans ce cas particulier, puisque la phrase principale avant la parenthèse utilise explicitement le verbe comparer, on peut simplement se contenter de la préposition à :

Cette catégorie montre les données cumulées de l’année pour l’année courante et compare les résultats à ceux de la période équivalente de l’année antérieure (p. ex. janvier-mars 2009 à janvier-mars 2008).

L’autre solution est d’utiliser l’expression figée française par rapport à, qui est à peu près équivalente à l’expression figée anglaise compared to/with et qui s’utilise aussi comme une préposition :

Cette catégorie montre les données cumulées de l’année pour l’année courante et compare les résultats à ceux de la période équivalente de l’année antérieure (p. ex. janvier-mars 2009 par rapport à janvier-mars 2008).

Mais dans toutes ces situations, il est hors de question d’utiliser comparé à comme une expression figée en français.

Les seules situations où l’on peut effectivement utiliser comparé à en français là où l’anglais utilise compared to/with sont les situations où l’antécédent du participe passé comparé est clair et explicite. Voici un autre exemple de Statistique Canada (titre d’une figure) :

Figure 3
Population weighted indicator compared with the unweighted indicator, national level

La page française équivalente dit :

Figure 3
Indicateur pondéré en fonction de la population comparé à l’indicateur non pondéré

Et dans ce cas-ci, l’emploi est parfaitement correct, parce que l’antécédent de comparé — à savoir indicateur… — est explicite et vient immédiatement avant le participe. Il ne faut pas oublier, bien entendu, que, dans une telle situation, comparé se comporte comme n’importe quel participe passé et s’accorde en genre et en nombre. Il se trouve ici que indicateur est masculin singulier, mais si l’antécédent était féminin ou pluriel, il faudrait accorder comparé en genre et en nombre.

C’est d’ailleurs sans doute le fait que les adjectifs et participes ne s’accordent ni en genre ni en nombre en anglais qui a facilité l’apparition dans la langue de cette expression figée. Comme les accords font partie intégrante de la langue française, il ne peut pas y avoir de phénomène équivalent en français (sauf dans des cas rares et très particuliers, comme celui de étant donné, qui vient avant le groupe nominal et se comporte comme une préposition, sans s’accorder).