Archives du mot-clef : expliciter l’implicite

A(n)… is…

J’ai déjà, dans un article antérieur, évoqué les problèmes posés par les phrases anglaises utilisant la structure another… is… Dans le même ordre d’idées, j’aimerais évoquer aujourd’hui ceux posés par les phrases utilisant la structure a(n)… is…

Comme toujours, la meilleure façon de procéder est de commencer par un exemple :

The team members decide that a function of the team is to review caseloads.

Les traducteurs en herbe qui se focalisent trop sur le lexique et oublient de tenir compte des différences de syntaxe risquent d’être tentés de proposer une traduction comme la suivante :

Les membres de l’équipe décident qu’*une fonction de l’équipe est d’examiner les dossiers.

C’est pour moi une grosse erreur, parce que ce n’est tout simplement pas ce qui se dit naturellement en français. L’article indéfini français un(e) n’appelle pas les mêmes structures syntaxiques que son équivalent anglais a(n). Comme souvent, la grammaire anglaise est pleine de sous-entendus et, dans ce cas-ci, ce qui est sous-entendu est que l’équipe a plusieurs fonctions et que celle qu’on évoque ici n’en est qu’une parmi d’autres.

Le français a lui-même ses propres sous-entendus et ses propres tournures elliptiques, mais celle-ci n’en fait pas partie. Le français a en quelque sorte horreur du vide et préfère souvent expliciter l’implicite, même si cela allonge le texte.

Dans ce cas-ci, cela signifie qu’il faut dire explicitement, d’une manière ou d’une autre, que l’équipe a plusieurs fonctions et que celle qu’on évoque n’en est qu’une parmi d’autres :

Les membres de l’équipe décident que l’une des fonctions de l’équipe est d’examiner les dossiers.

La différence est subtile, mais cruciale. Le français dit deux choses : en utilisant l’article défini les (sous sa forme contractée avec la préposition de, dans des), il indique clairement que l’équipe a un ensemble plural de fonctions et, en utilisant la tournure (l’)un(e) de, il indique que la fonction évoquée dans cette phrase n’est qu’un élément particulier de cet ensemble.

Au Canada, je vois bien trop souvent des traductions dans lesquelles le traducteur s’est contenté de calquer la structure anglaise, sans expliciter le caractère plural de l’ensemble dont l’élément fait partie en remplaçant a(n)… par (l’)un(e) des

Expression de la cause [1]

Dans chaque langue, il existe de multiples façons d’exprimer les liens de cause à effet. Mais il y a des structures propres à chaque langue dont il faut se méfier, parce que leur calque dans une autre langue ne correspond pas nécessairement à la façon naturelle d’exprimer la cause dans cette langue.

Prenons l’exemple de l’énoncé anglais suivant :

A new model would provide an opportunity to address inconsistencies in the existing model and changes which have occurred since the original model was developed.

Ce n’est exprimé explicitement dans aucun mot grammatical dans cette phrase, mais il y a bel et bien un lien de cause à effet. C’est à cause de (ou plutôt grâce à) l’adoption d’un nouveau modèle qu’on aurait l’occasion d’éliminer les incohérences, etc.

Mais cela va même plus loin. Non seulement la phrase ne contient pas de mot grammatical exprimant la cause, mais la véritable cause est non pas le modèle : c’est sa nouveauté, son renouvellement. C’est donc ici l’adjectif new qui exprime la cause. Il y a ainsi comme un décalage entre l’élément central sur le plan grammatical et l’élément central sur le plan sémantique, que nous avons déjà rencontré dans un article précédent.

Or il est selon moi inacceptable d’utiliser une structure semblable en français pour exprimer implicitement la cause :

*Un nouveau modèle offrirait l’occasion d’éliminer les incohérences du modèle existant et de tenir compte des changements qui se sont produits depuis l’élaboration du modèle initial

Au lieu de cela, en français, il faut, comme souvent lors du passage de l’anglais au français, expliciter l’implicite ou, plus exactement, faire coïncider l’élément central sur le plan grammatical avec l’élément central sur le plan sémantique. Il faut donc ici rendre l’adjectif new par un substantif, par exemple :

L’adoption d’un nouveau modèle offrirait l’occasion d’éliminer les incohérences du modèle existant et de tenir compte des changements qui se sont produits depuis l’élaboration du modèle initial.

Bien entendu, on pourrait aller encore plus loin et expliciter carrément le lien de cause à effet à l’aide d’un mot grammatical exprimant la cause :

On pourrait, grâce à l’adoption d’un nouveau modèle, éliminer les incohérences du modèle existant et de tenir compte des changements qui se sont produits depuis l’élaboration du modèle initial.

(Cela oblige à trouver un nouvel agent — on — pour le verbe principal, mais c’est quelque chose qui arrive très souvent lors du passage de l’anglais au français, en particulier quand il s’agit de rendre de façon naturelle une tournure anglaise au passif en français, mais aussi, comme ici, quand le sujet sémantique du verbe ne coïncide pas avec son sujet grammatical.)

Mais une telle explicitation de l’implicite ne me paraît pas indispensable. Le lien de cause à effet peut rester implicite en français aussi. Ce qui ne peut pas être maintenu en l’état (c’est-à-dire calqué de l’anglais), c’est le décalage entre l’élément central sur le plan grammatical et l’élément central sur le plan sémantique.

Je note enfin, pour terminer, qu’il y a d’autres façons encore de rétablir le caractère naturel de l’expression implicite du lien de cause à effet ici, sans nécessairement utiliser un mot grammatical exprimant de façon évidente ce lien. On peut aussi, par exemple, dire tout simplement :

Avec un nouveau modèle, on pourrait éliminer les incohérences du modèle existant et tenir compte des changements qui se sont produits depuis l’élaboration du modèle initial.

Ici, nouveau modèle se retrouve dans un complément circonstanciel exprimant (implicitement) un lien de cause à effet, simplement grâce à la préposition avec. Le français a, comme l’anglais, de multiples façons d’exprimer implicitement ou explicitement la cause, et il ne faut pas hésiter à varier les plaisirs en recourant à ces différentes tournures. Il faut simplement éviter de calquer en français des tournures anglaises qui ne sont pas naturelles dans la syntaxe française.

Adjectif et structure du groupe nominal

Il m’arrive régulièrement, dans mon travail de traducteur, de rencontrer des listes d’éléments textuels qui s’appuient souvent, en anglais, sur la capacité qu’a cette langue d’exprimer de nombreuses informations sous forme condensée, en particulier en raison de conventions grammaticales concernant la forme et la place de l’adjectif dans le groupe nominal.

Voici l’exemple d’une liste que je rencontre aujourd’hui même :

• Monitoring and evaluation
Annual planning and priority setting
• Regular public reporting

Ce qui m’intéresse ici en particulier, c’est le deuxième élément. Il est clair pour moi que l’adjectif annual s’applique à l’ensemble du groupe nominal, c’est-à-dire aux deux substantifs coordonnés, planning et priority setting.

Ceci peut poser problème quand il s’agit de rendre un tel élément en français. En effet, en français, l’adjectif se place généralement après le substantif et s’accorde en genre et en nombre avec le ou les substantifs qu’il qualifie.

Si on cherchait donc à traduire littéralement cet élément qui m’intéresse, cela donnerait quelque chose comme :

• planification et définition des priorités *annuelles

Il va sans dire que c’est éminemment bancal, et même ambigu, puisque, priorités ayant le même genre et le même nombre que les substantifs coordonnés planification et définition, on ne sait plus, à la lecture d’une telle expression, ce que annuelles qualifie vraiment. (L’anglais souffre lui-même, bien entendu, de ses propres problèmes d’ambiguïté, puisque la position de l’adjectif et l’absence d’accord font qu’on ne peut pas être certain — dans cet exemple — de savoir si l’adjectif s’applique aux deux substantifs coordonnés ou seulement au premier. Ce qui permet de décider, c’est le contexte.)

Comment s’en sortir ici pour rendre une telle coordination en français ? Il faut, selon moi, comme souvent, oser s’écarter de la traduction littérale et adopter une structure correspondant à ce qu’on dirait plus naturellement en français, tout en se gardant bien sûr de déformer l’original anglais. Dans ce cas particulier, j’aurais tendance à adopter l’approche suivante :

travail annuel de planification et de définition des priorités

Comme on le voit, j’ai ici opté d’expliciter l’implicite, ce à quoi s’applique vraiment l’adjectif annuel, à savoir la combinaison des deux substantifs, que je choisis d’exprimer à l’aide du substantif travail. (On pourrait aussi dire quelque chose comme processus ou démarche.)

Bien entendu, cette explicitation de l’implicite rallonge le texte. Mais c’est inévitable. Il y a toutes sortes de considérations (lexique, grammaire, etc.) qui font que, pour rendre naturellement en français ce que dit l’anglais, il faut en moyenne un texte qui est plus long de 20 à 25 pour cent. C’est une réalité universellement reconnue et acceptée, sauf par des gens comme les graphistes et autres prétendus spécialistes en communication, en particulier au Canada, qui prétendent parfois pouvoir imposer aux francophones des limites d’espace et de nombre de mots qui sont acceptables en anglais mais absurdes en français. (J’ai rencontré plusieurs personnes de cette catégorie au fil de ma carrière de traducteur.)

Pour revenir à ce qui nous intéresse ici, ce qui est un faux ami, ce n’est pas un mot particulier, mais bel et bien la fonction grammaticale de l’adjectif, qui semble être comparable en anglais et en français, alors qu’elle présente des différences fondamentales (place, accords, etc.), dont l’impact peut rejaillir sur toute la phrase ou du moins sur tout le syntagme dont l’adjectif fait partie.

Ces différences font souvent que, pour exprimer les choses en français, il faut éviter de se laisser influencer par la grammaire anglaise et s’efforcer de trouver une façon naturelle de dire les choses dans la langue dans laquelle on parle, quelles que soient les considérations relatives à l’espace ou au nombre de mots qu’on essaye, par ignorance, de nous imposer.

Superlatif et fonction grammaticale

Il y a quelques semaines, j’ai écrit un premier article sur l’emploi du superlatif en anglais et sur le fait que, pour rendre le sens de ce superlatif de façon naturelle en français, il fallait parfois oser bouleverser la structure de la phrase et détacher le superlatif de son contexte syntaxique immédiat en anglais pour, par exemple, en faire un complément circonstanciel en tête de phrase, dans lequel il est même possible de laisser complètement tomber l’emploi du superlatif sans perdre le sens de l’original anglais.

Voici un autre exemple se rapportant à l’emploi du superlatif en anglais et exigeant là encore un bouleversement syntaxique pour exprimer le sens de la phrase de la façon la plus naturelle possible en français.

L’exemple dont je m’inspire est tiré d’un document de toute évidence rédigé en anglais et traduit par la suite en français, comme c’est très souvent le cas pour les documents qui doivent être disponibles dans les deux langues officielles au Canada. En anglais, la phrase est la suivante :

The lives of those enforcement officers “on the beat” are best protected by timely, reliable information.

(Il s’agit d’un document sur les forces de police et les informations dont elles disposent.)

Et voici ce que le traducteur a pondu en français :

Des renseignements fiables et opportuns *permettront de mieux protéger la vie des policiers sur le terrain.

Passons pour commencer rapidement sur le fait que le traducteur utilise en français un comparatif pour rendre le superlatif anglais, ce qui est déjà en soi problématique. Mais ce qui m’intéresse ici, c’est la syntaxe.

L’effort pour ne pas produire un calque syntaxique complet de l’anglais est certes louable. Ainsi, le traducteur a fait l’effort d’éliminer le passif si courant en anglais et de produire une tournure active, qui est plus normale en français.

Mais on est encore loin, malheureusement, d’une phrase naturelle en français. (Je mets en gras et marque avec un astérisque le contexte grammatical immédiat du comparatif, mais c’est en fait toute la phrase qui est problématique.)

La meilleure façon d’expliquer le problème sur le plan syntaxique est sans doute de donner ce qui, selon moi, constituerait une traduction beaucoup plus naturelle de cette phrase :

La meilleure façon de protéger la vie des policiers sur le terrain est de s’assurer qu’ils disposent de renseignements fiables en temps opportun.

Ici, non seulement j’élimine le passif, ce qui est bien entendu indispensable, mais je prends le superlatif (best en anglais, meilleure en français) et je le mets en tête de phrase, parce que c’est bel et bien sur ce superlatif que repose tout le sens de la phrase. On rejoint ici quelque chose que j’évoquais déjà dans un autre article, à savoir l’importance de l’ordre des mots dans la phrase, pour respecter non seulement la grammaire française, mais surtout l’ordre naturel dans lequel la phrase doit en quelque sorte « dérouler son sens » de façon à bien mettre en son cœur même le message essentiel qu’elle cherche à véhiculer.

Le message concerne ici la fiabilité et la disponibilité en temps opportun des renseignements dont les agents de police se servent dans leur travail sur le terrain. Et ce que la phrase cherche à dire, c’est que c’est en garantissant cette fiabilité et cette disponibilité en temps opportun qu’on offrira aux agents de police les conditions de travail les plus sûres. Autrement dit, la phrase dit deux choses : d’une part que, de toute évidence, il faut faire du mieux possible pour protéger la vie des agents de police et que, d’autre part, pour cela, la meilleure chose qu’on puisse faire est de leur fournir des renseignements fiables et disponibles en temps opportun.

Ma traduction ne va pas jusqu’à éclater l’original anglais pour en faire deux propositions séparées en français, comme je viens de le faire dans ma paraphrase. Mais elle prend le superlatif, qui a la forme d’un adverbe en anglais (best) pour en faire un syntagme nominal (la meilleure façon) qui dénote explicitement cette fonction d’adverbe (façon) et surtout qui en fait le sujet même de la phrase, de façon à ce que cette phrase devienne la réponse à une question implicite du genre : « Sachant qu’il faut protéger la vie des policiers, quelle est la meilleure façon de procéder ? »

On pourrait aussi envisager une traduction comme la suivante :

C’est en s’assurant que les policiers sur le terrain disposent de renseignements fiables en temps opportun qu’on leur offrira la meilleure protection possible.

J’aime moins cette tournure, parce qu’elle rejette à nouveau la question de la protection en fin de phrase (ce qui rend la traduction plus proche, à cet égard, de l’original anglais), mais elle me semble également acceptable, du fait de l’emploi de la mise en relief.

La traduction française que je cite en rouge ci-dessus, en revanche, me paraît inacceptable. Elle n’est bien sûr pas grammaticalement fausse, mais elle fait de la fiabilité et de la disponibilité en temps opportun des renseignements le sujet de la phrase, alors que celui-ci devrait la question de la protection des policiers (ou que cette question devrait à tout le moins se situer au cœur de la syntaxe, comme avec la tournure emphatique dans ma deuxième traduction en bleu.)

Je note aussi, au passage, la nécessité, une fois de plus, d’expliciter l’implicite en français. Quand l’anglais dit simplement by timely, reliable information, il me paraît indispensable d’introduire une structure plus complète et plus explicite en français, avec un verbe comme disposer ou offrir ou encore un substantif comme disponibilité. On ne peut pas se contenter de dire, en français « des renseignements fiables en temps opportun » pour exprimer l’idée de disposer de tels renseignements.

C’est là un autre problème majeur, selon moi, dans la traduction figurant ci-dessus en rouge.

La conclusion ici est qu’il faut non seulement oser expliciter l’implicite, mais aussi bouleverser la syntaxe de la phrase, non seulement pour éviter l’abus de tournures comme le passif, mais pour aller plus loin encore et vraiment donner à l’élément central du sens de la phrase la place centrale qu’il doit avoir dans la structure de la phrase. C’est quelque chose que l’anglais n’exige pas, entre autres en raison de différences d’intonation qui permettent de mettre l’accent un peu partout, ce qui est évidemment hors de question en français.

compared to/with

En anglais, l’expression compared to/with est devenue une expression figée qui est employée comme une préposition. Elle n’exige plus un substantif antécédent auquel le participe passé compared serait explicitement lié. Prenons l’exemple suivant, tiré du site Web de Statistique Canada :

Full-time employment increased 1.6% annually for men compared with 2.8% for women. 

Dans cette phrase, compared n’a pas d’antécédent. Ce n’est certainement pas men, puisque ce qui est comparé, c’est le taux d’emploi et non les personnes (hommes et femmes). Et ce n’est pas le taux lui-même non plus, d’abord parce que la phrase n’utilise pas le substantif rate explicitement et ensuite parce que, si compared était considéré comme un participe passé s’appliquant à 1.6%, on aurait une proposition subordonnée incomplète, sans verbe.

En réalité, en anglais, compared to/with est une expression figée qui peut être analysée comme étant équivalente à quelque chose comme « which can be compared to/with » :

Full-time employment increased 1.6% annually for men, which can be compared to 2.8% for women. 

Dans cette structure, l’antécédent du pronom relatif which est non pas un nom, mais toute la proposition. C’est un emploi tout à fait légitime du pronom relatif, qui correspond en français à la tournure ce qui/que.

Le problème qui nous intéresse ici est que, malheureusement pour les paresseux, il n’existe pas en français d’expression figée comparé à équivalente à l’anglais compared to/with. Il est donc inadmissible, quand on veut rendre la phrase anglaise ci-dessus, d’utiliser une telle tournure en français. C’est pourtant ce que fait la page Web française équivalente sur le site Web de Statistique Canada :

L’emploi à temps plein a augmenté de 1,6 % en termes annuels chez les hommes, *comparé à 2,8 % chez les femmes.

Malheureusement, même avec une virgule, c’est inacceptable. Le participe passé comparé ne peut être utilisé qu’avec un antécédent clair en français. Il faut donc expliciter cet antécédent, comme on peut le faire en anglais avec le pronom relatif which. En français, cela donne :

L’emploi à temps plein a augmenté de 1,6 % en termes annuels chez les hommes, ce qui est à comparer à 2,8 % chez les femmes.

Voici un autre exemple fautif, tiré d’un autre site du gouvernement du Canada (Industrie Canada cette fois-ci). En anglais, le site dit :

Displays the cumulative year-to-date (YTD) data for the current year and compares the results to the equivalent period for the previous year (e.g. January-March 2009 compared to January-March 2008).

Et la page française correspondante dit :

Cette catégorie montre les données cumulées de l’année pour l’année courante et compare les résultats à ceux de la période équivalente de l’année antérieure (p. ex. janvier-mars 2009 *comparé à janvier-mars 2008).

Ici, la faute est encore plus évidente, parce que, s’il y avait un antécédent pour comparé, ce serait forcément une période, et le participe devrait donc être accordé au féminin !

Dans ce cas particulier, puisque la phrase principale avant la parenthèse utilise explicitement le verbe comparer, on peut simplement se contenter de la préposition à :

Cette catégorie montre les données cumulées de l’année pour l’année courante et compare les résultats à ceux de la période équivalente de l’année antérieure (p. ex. janvier-mars 2009 à janvier-mars 2008).

L’autre solution est d’utiliser l’expression figée française par rapport à, qui est à peu près équivalente à l’expression figée anglaise compared to/with et qui s’utilise aussi comme une préposition :

Cette catégorie montre les données cumulées de l’année pour l’année courante et compare les résultats à ceux de la période équivalente de l’année antérieure (p. ex. janvier-mars 2009 par rapport à janvier-mars 2008).

Mais dans toutes ces situations, il est hors de question d’utiliser comparé à comme une expression figée en français.

Les seules situations où l’on peut effectivement utiliser comparé à en français là où l’anglais utilise compared to/with sont les situations où l’antécédent du participe passé comparé est clair et explicite. Voici un autre exemple de Statistique Canada (titre d’une figure) :

Figure 3
Population weighted indicator compared with the unweighted indicator, national level

La page française équivalente dit :

Figure 3
Indicateur pondéré en fonction de la population comparé à l’indicateur non pondéré

Et dans ce cas-ci, l’emploi est parfaitement correct, parce que l’antécédent de comparé — à savoir indicateur… — est explicite et vient immédiatement avant le participe. Il ne faut pas oublier, bien entendu, que, dans une telle situation, comparé se comporte comme n’importe quel participe passé et s’accorde en genre et en nombre. Il se trouve ici que indicateur est masculin singulier, mais si l’antécédent était féminin ou pluriel, il faudrait accorder comparé en genre et en nombre.

C’est d’ailleurs sans doute le fait que les adjectifs et participes ne s’accordent ni en genre ni en nombre en anglais qui a facilité l’apparition dans la langue de cette expression figée. Comme les accords font partie intégrante de la langue française, il ne peut pas y avoir de phénomène équivalent en français.